Fénelon (1651 - 1715) prêcha à quinze ans, fut un écrivain religieux et un philosophe chrétien mystique. Il a laissé cinquante-cinq ouvrages, dont deux au moins le placent au premier rang de nos gloires littéraires, le Traité de l’existence de Dieu et Télémaque.

Précepteur du duc de Bourgogne, archevêque de Cambrai (1695-1715), il s'opposa à Bossuet et tomba en disgrâce lors de la querelle du quiétisme, et surtout, après la publication de son roman, Les Aventures de Télémaque (1699), considéré comme une critique de la politique de Louis XIV. L'influence littéraire de ce roman fut considérable pendant plus de deux siècles.
 
Fénelon était issu d'une famille noble et aristocratique du Périgord, ancienne mais appauvrie. Comme il était un cadet (le deuxième des quatorze enfants que son père avait eu à travers deux mariages) et que dans sa famille on comptait déjà plusieurs évêques, il fut destiné de bonne heure à une carrière ecclésiastique. Il commença ses études à Cahors, puis à Paris chez les Jésuites. Il prêcha avec succès dès l'âge de 15 ans.
Après avoir étudié au séminaire Saint-Sulpice, également proche des Jésuites et dont il eut en tant que jeune prêtre attiré l’attention sur lui par de belles prédications, il fut nommé en 1678 par l'archevêque de Paris : directeur de l’Institut des Nouvelles Catholiques, un internat parisien consacré à la rééducation de jeunes filles de bonne famille dont les parents, d’abord protestants, avaient été convertis au catholicisme.

Ces fonctions l'inspirèrent et en 1681 il consigna son expérience pédagogique dans son Traité de l'éducation des filles, qui ne fut publié qu’en 1687. À la fin de 1685, après la révocation de l'Édit de Nantes de 1598, sur la recommandation de Bossuet, Louis XIV lui confia la direction d'une mission dans le Poitou : il entreprit le premier de plusieurs voyages de mission dans des régions protestantes de la France de l'Ouest, mais il semble toutefois n’avoir eu que peu de succès. Pour d'autres sources, repoussant l'auxiliaire de la force, il réussit par sa douceur et son éloquence à opérer un grand nombre de conversions. Peu auparavant, en 1685, il s’était fait remarquer par son premier écrit théologique, le Traité de l'existence de Dieu et de la réfutation du système de Malebranche sur la nature et sur la Grâce dirigé contre les jansénistes ; en même temps, il donnait son avis sur la rhétorique dans ses Dialogues sur l'éloquence (1685).
Pendant ces années-là il faisait partie du cercle qui entourait Bossuet, le fougueux porte-parole de l’épiscopat français. En 1688 il fut présenté à Madame de Maintenon, épouse morganatique de Louis XIV après la mort de la reine. Celle-ci sympathisait à l’époque avec Madame Guyon, femme mystique et pieuse, et avec son quiétisme, dans lequel il semble que beaucoup de Français aient vu une façon de s’évader d’une réalité politique qui devenait de plus en plus insupportable. Elle l’impressionna profondément quand ils firent connaissance pendant l’hiver 1688-1689.
Dans l’été 1689, sur la proposition de Madame de Maintenon dont il était devenu entre temps le conseiller spirituel, il fut nommé précepteur du duc de Bourgogne, âgé de sept ans, petit-fils de Louis XIV et son éventuel héritier. Il sut enseigner à son élève toutes les vertus d'un chrétien et d'un prince, et lui inspira pour sa personne une affection qui ne se démentit jamais.
Il acquit ainsi une position influente à la cour qui fut sûrement décisive pour le faire admettre à l’Académie française (1693) et lorsque cette éducation fut terminée, Louis XIV lui fit obtenir l'archevêché de Cambrai (1695). Pour son élève royal (qui cependant devait mourir en 1712 sans être devenu roi, pas plus que son père mort l’année précédente), Fénelon écrivit plusieurs œuvres amusantes et en même temps instructives : d'abord une suite de fables, les Aventures d'Astinoüs et les Dialogues des morts, mais surtout, en 1694-1696, un roman éducatif d'aventures et de voyages Les Aventures de Télémaque, fils d'Ulysse. Dans ce roman à la fois pseudo-historique et utopique, il conduit le jeune Télémaque, fils d’Ulysse, flanqué de son précepteur Mentor (manifestement le porte-parole de Fénelon) à travers différents États de l’Antiquité, qui la plupart du temps, par la faute des mauvais conseillers qui entourent les dirigeants, connaissent des problèmes semblables à ceux de la France des années 1690, plongée dans des guerres qui l’appauvrissent, problèmes qui cependant peuvent se résoudre (au moins dans le roman) grâce aux conseils de Mentor par le moyen d’une entente pacifique avec les voisins, de réformes économiques qui permettraient la croissance, et surtout de la promotion de l'agriculture et l’arrêt de la production d’objets de luxe.

Le plus grand adversaire de Fénelon à la cour fut Bossuet, qui l’avait d’abord soutenu. Déjà en 1694 il s’était opposé à lui dans l’affaire du quiétisme, querelle théologique, et en 1697 il avait essayé de le faire condamner par le pape pour son Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, où il prenait la défense de Madame Guyon (celle-ci avait fini par être presque considérée comme une ennemie publique, au point qu’elle avait été arrêtée en 1698).
Fénelon se soumit avec humilité et abjura publiquement ses erreurs. À partir de 1698 Télémaque commença à circuler à la cour sous forme de copies, et on y vit tout de suite une critique à peine voilée contre la manière autoritaire du gouvernement de Louis XIV, contre sa politique étrangère agressive et belliqueuse et contre sa politique économique mercantiliste, orientée vers l'exportation. Cet ouvrage, que Fénelon n'avait pas voulu rendre public, lui avait été soustrait par un domestique infidèle.
Au début de 1699, Fénelon perdit son poste de précepteur et quand, en avril, son Télémaque fut publié (d'abord anonymement et sans son autorisation). Louis XIV y vit une satire de son règne, arrêta l'impression et disgracia l'auteur : Fénelon fut banni de la cour. Vers 1700, il habita alors quelque temps en Belgique dans une demeure, longtemps appelée « la Belle Maison », se trouvant aux limites des communes de Pâturages et d’Eugies, puis il se retira dans son archevêché de Cambrai où, cessant toute activité en théologie et en politique, il essaya de se conduire de façon exemplaire, conformément aux enseignements de son personnage de Mentor (qui, dans le roman, n’était autre que Minerve alias Athéna, déesse de la Sagesse qui s’était ainsi déguisée.) Retiré dans son diocèse, Fénelon ne s'occupa que du bonheur de ses fidèles; il prit soin lui-même de l'instruction religieuse du peuple et des enfants, et se fit universellement chérir par sa bienfaisance. Pendant le cruel hiver de 1709, il se dépouilla de tout pour nourrir l'armée française qui campait près de lui. La réputation de ses vertus attira à Cambrai nombre d'étrangers de distinction, entre autres Andrew Michael Ramsay qu'il convertit et qui ne le quitta plus. Il mourut en 1715, à 64 ans, après avoir eu la douleur de voir expirer son élève. Un chapitre des mémoires de Saint-Simon est consacré à sa mort, en des termes plutôt élogieux.Dans la France des XVIIIème et XIXème siècles, Télémaque fut un des livres pour les jeunes les plus lus (Aragon et Sartre l'avaient lu dans leur jeunesse). On le considère parfois comme un précurseur de l'esprit des Lumières. Pour Marie-Nicolas Bouillet, Fénelon est inférieur à Bossuet pour la force et le sublime; mais aucun auteur ne l'a égalé pour l'onction et le charme du style : c'est l'écrivain qui a le mieux reproduit dans les temps modernes la noble simplicité des anciens. Comme homme et comme chrétien, personne n'a porté plus loin les vertus douces et n'a mieux su faire aimer la religion. Il avait en politique des idées fort libérales.
On a de lui un assez grand nombre d'ouvrages, mais on en a perdu quelques-uns, Louis XIV ayant fait brûler, à la mort du duc de Bourgogne, plusieurs de ses écrits qui se trouvaient dans les papiers du prince.

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